Échange sur la Résilience

Qu’avons-nous appris jusqu’ici?

Évaluation des progrès et soutien à l’apprentissage collectif

Cette section traite des apprentissages de BRACED pertinents pour le fonctionnement d’un programme de renforcement de la résilience à grande échelle, en fournissant des informations aux acteurs chargés de la planification des programmes de résilience et aux organisations dirigeant des consortiums. Elle revient en particulier sur l’expérience de l’évaluation des progrès en termes de renforcement de la résilience, et sur les activités d’apprentissage collectives pour soutenir les partenaires dans un programme tel que BRACED. L’ensemble de ces activités doit tenir compte du fait que l’objectif principal des partenaires est nécessairement la réalisation de leurs projets, et qu’aux périodes chargées, les activités de suivi et de réflexion peuvent être ressenties comme pesantes.

Évaluation des progrès

Mesurer les progrès d’un programme de résilience s’avère complexe, exigeant et gourmand en termes de ressources. Différentes approches et méthodes d’évaluation sont nécessaires pour comprendre les évolutions de la résilience au niveau de l’intervention, du projet et du programme. Les évaluations doivent être utiles pour les professionnels, leurs partenaires et les communautés au sein desquelles ils travaillent. Un calendrier des évaluations adapté est essentiel pour en comprendre l’impact. Cette considération s’applique non seulement à la mesure et à l’évaluation de la résilience à venir, mais aussi à la conception des programmes et des projets. Certaines interventions peuvent n’avoir de répercussions qu’une fois les activités du projet principal conclues, ce qu’il faut prendre en compte lors de la conception des évaluations, afin de prévoir, le cas échéant, des évaluations d’impact après la réalisation du programme.

Des efforts considérables sont déployés chez BRACED pour mesurer les progrès accomplis en termes de renforcement de la résilience, de développement de nouvelles méthodologies innovantes et d’adaptation de méthodologies existantes. Cette gamme de méthodologies doit satisfaire les besoins des projets, ainsi que de ceux qui envisagent BRACED au niveau de l’ensemble du programme.

L’expérience a suscité nombre de questions portant sur la mesure et l’évaluation du renforcement de la résilience. L’apprentissage est un processus continu, et le prochain Échange sur la Résilience présentera un rapport plus détaillé sur les solutions que BRACED a trouvées pour surmonter ces défis.

Le défi de la définition

Le premier défi relatif à la mesure et l’évaluation du renforcement de la résilience consiste à s’entendre sur ce qui doit être mesuré : la résilience de qui à quoi (par ex. ménage/personne/communauté résilient(e) aux sécheresses/inondations/conflits/animaux nuisibles) ? Qu’est-ce qui doit changer et dans quelle mesure, et comment ces différentes dimensions interagissent-elles ?

Au niveau de chaque projet, la résilience est comprise de plusieurs façons, et différentes définitions de travail sont utilisées aux fins de la mesure et de l’évaluation pour chaque projet. Par exemple, l’alliance pour le Myanmar définit cinq dimensions du changement:

BRACED n’est pas le seul à rencontrer cette difficulté ; un examen systématique du corpus récemment publié a conclu : « Il n’existe aucune preuve d’une définition commune et acceptée de la résilience des communautés.1 Le résultat est qu’il s’avère difficile pour de nombreuses personnes de comprendre en quoi consistent les projets de résilience, et a fortiori de mesurer leurs progrès.

Une réflexion collective peut aider. Au cours d’un atelier d’écriture organisé par le gestionnaire de connaissances BRACED, les participants étaient encouragés à remettre en question ce qu’ils considéraient comme des innovations en matière de renforcement de la résilience dans leur propre travail. À première vue, beaucoups des innovations identifiées ressemblaient à des interventions de développement plutôt typiques – d’associations villageoises d’épargne et de crédit à des émissions de radio communautaires. Cependant, à mesure que les participants suivaient un processus orienté d’examen par les pairs, de réflexion et de rédaction, les dimensions de la résilience commençaient à émerger.

Au niveau du programme, le concept des 3A décompose la résilience en trois capacités identifiables d’anticipation, d’absorption et d’adaptation, qui peuvent être suivies pour évaluer les progrès accomplis par des interventions visant le renforcement de la résilience.2 Il ne s’agit pas d’un moyen de mesurer la résilience en elle-même, mais plutôt d’une optique d’analyse finalement adoptée par tous les partenaires BRACED comme moyen d’organiser utilement leurs interventions et les résultats qu’ils cherchent à atteindre. En réalité, la plupart des partenaires BRACED ont relié leurs indicateurs existants aux trois capacités du cadre des 3A, plutôt que d’en concevoir de nouveaux en réponse à ce cadre. Si attribuer des changements détectés au niveau la résilience à l’un des 3A peut être vu comme un exercice quelque peu réducteur, cela a au moins fourni quelques possibilités de comparer des résultats d’un contexte à l’autre.

Le défi de la base de référence

En matière de renforcement de la résilience, nous devons comprendre les progrès par rapport à un point de départ – ce qui pourrait sembler des petits pas ou un progrès lent dans un contexte, peut s’avérer un changement fondamental essentiel dans un autre. Il est difficile de savoir quels indicateurs sélectionner dans une évaluation de référence, dans la mesure où avant que le projet ne commence, il peut être difficile de savoir ce qui est le plus pertinent. En outre, les projets BRACED ne fonctionnent pas en vase clos. Dans beaucoup de régions de projet, plusieurs autres interventions et efforts de développement se produisent, avec des objectifs différents mais se chevauchant (au moins partiellement), chacun apportant une contribution à la résilience globale.

En outre, les conditions climatiques au point de référence peuvent être très différentes des conditions au point suivant de collecte de données. Si nous admettons que la résilience ne peut être réellement mesurée que face à des chocs et tensions climatiques, la fréquence et la gravité incertaines des évènements climatiques de ce type impliquent que, dans bien des cas, les outils de mesure restent non testés au cours du cycle de vie d’un programme, et dépendent plutôt d’hypothèses, aussi justifiées soient-elles. Pour remédier partiellement à ce problème, les projets utilisent des indicateurs climatiques différents dans des indices composites pour mesurer la résilience aux chocs climatiques. Ceux-ci sont spécifiques au contexte et fondés sur leur conceptualisation de la résilience et la façon dont ils cherchent à la renforcer avec leurs interventions.

Il est important de se rappeler que les chocs et tensions climatiques sont dynamiques et interprétés différemment par des groupes distincts, y compris les équipes de projet et sur le terrain des organisations non-gouvernementales, les évaluateurs, les universitaires, les représentants du gouvernement et les ménages. Assurer une compréhension partagée de ce que sont les chocs climatiques et de comment ils sont rapportés est donc essentiel dès le départ, lors de la planification de la collecte de données de référence.

La conception de la collecte de données de référence, y compris la conception des échantillons, doit tenir compte de « l’attrition entraînée par le choc ». Une réponse aux chocs typique employée par les ménages vulnérables face au climat peut être de se relocaliser et donc de quitter la région du projet. Pour les évaluations d’impact qui emploient des enquêtes par panel – qui consistent à interroger les mêmes personnes au début et à la fin du projet – cela rendra difficile de retrouver les mêmes répondants. Les évaluations d’impact devront prévoir des estimations d’attrition plus élevées dans les calculs de taille d’échantillon ou un budget pour des ressources permettant de suivre les répondants qui se relocalisent.3

Le défi de la collecte de données

En raison des contextes au sein desquels travaille BRACED, collecter des données de haute qualité est extrêmement difficile. Les défis incluent les déplacements dans des zones de projet affectées par des conflits; l’atteinte de certaines zones rurales éloignées qui n’ont pas de routes toutes saisons pendant les saisons des pluies; la collecte d’informations longitudinales pour les mêmes personnes, notamment dans les communautés pastorales nomades; la langue; l’illettrisme et une gamme de sensibilités culturelles.

En travaillant au Tchad sur l’évaluation du projet BRIC, l’Université Tuft a tiré des enseignements importants:

  • Ne pas sous-estimer l’importance d’une logistique solide.
  • La confiance et les relations sont importantes. Utiliser un mobilisateur expérimenté pour convaincre les chefs de village de permettre de réaliser des entretiens avec les femmes.
  • Tout au long de la formation, s’assurer que vos recenseurs sont investis dans la recherche. Leur expliquer à quelles fins les informations seront utilisées, et communiquer des constatations antérieures. Plus vos recenseurs sont investis, plus ils prendront soin de collecter des données précises.
  • Les questions relatives à la richesse sont sensibles. Demander à une femme au Tchad combien de vaches sa famille possède est comme demander à une personne du Nord global quel montant figure à son compte de retraite. Formez vos recenseurs à discuter les réponses avec respect et à rappeler aux répondants que les informations qu’ils fournissent sont confidentielles.
  • Avant que vos recenseurs ne commencent l’enquête, faites-les vérifier qu’ils parlent à la bonne femme. Beaucoup de femmes ont des noms similaires, préparez donc votre équipe à vérifier les noms d’une façon culturellement appropriée.

Bien sûr, le contexte est important, et les types de défis peuvent varier en fonction des pays, des saisons et des organisations. Ces enseignements sont spécifiques à l’expérience au Tchad, mais certains sont probablement communs à d’autres pays.4  

Le défi des délais

Les activités de renforcement de la résilience doivent travailler sur différentes périodes allant du court (saison) au long terme (décennie). Des programmes financés comme BRACED ont une durée de vie dictée par les exigences des bailleurs de fonds, ce qui ne laisse pas toujours assez de temps pour que les résultats arrivent à maturité. Cela suscite la question suivante: sur quelle période est-il réaliste et raisonnable d’attendre des preuves de l’amélioration de la résilience? Combien de temps faut-il pour renforcer la résilience et construire une base de preuves solide?

La complexité des projets visant le renforcement de la résilience exige que les partenaires comprennent et conceptualisent la résilience pour concevoir des interventions adaptées. Beaucoup optent pour combiner les interventions individuelles sous la forme d’ensembles afin d’aborder la nature multidimensionnelle de la résilience. L’expérience de BRACED jusqu’à présent indique que les délais pour renforcer les différentes capacités varient.

“Renforcer les capacités d’anticipation et d’absorption pour faire face à des risques et menaces actuels constitue la première étape pour des communautés fortement vulnérables face au changement climatique. À mesure que les projets BRACED se poursuivent sur les années 2 et 3, il est important de réfléchir à la façon de renforcer les capacités d’anticipation et d’absorption, de façon à fournir une base solide pour le renforcement des capacités d’adaptation à plus long terme. Comprendre comment les capacités de résilience sont interdépendantes – et se demander à nouveau si la capacité d’adaptation est plus difficile à renforcer dans le cycle de vie d’un projet BRACED – apportera des connaissances essentielles pour documenter les théories du renforcement de la résilience des communautés sur le terrain.”

From Routes to Resilience: Insights from BRACED year 1, (document de synthèse du KM) Message clé 4

Cela signifie non seulement que les progrès sont plus difficiles à mesurer (avec des voies causales potentiellement multiples), mais aussi que plus de temps peut être nécessaire pour que les changements soient détectables. Dans le pire des cas, cela peut avoir pour résultat une « évaluation nulle », c’est-à-dire qui n’est pas en mesure de dire s’il y a eu une évolution. En plus de représenter un risque d’investissement, cela peut être trompeur – des changements peuvent se produire mais étant donné le court délai entre les rondes d’enquête, peuvent ne pas être détectables.

Pour remédier à ce problème, il est recommandé de revoir les hypothèses concernant la théorie du changement ou la logique du programme qui sont associées à des interventions ayant un effet au cours de la durée de vie du projet. Des changements et délais au niveau de la mise en œuvre peuvent impliquer que ces hypothèses ne tiennent pas la route. On ne saurait trop insister sur l’importance de revoir la théorie ou la logique du projet à la lumière des modifications dans les plans de mise en œuvre. Cela doit être fait au moins une fois par an, mais il serait préférable de le faire plus souvent.

Il est important de tenir compte non seulement du temps écoulé entre le début et la fin du projet afin de détecter des changements, mais aussi du moment de l’année – mois ou saison – auquel la collecte de données est réalisée. Dans bien des pays BRACED, des sécheresses et fortes pluies annuelles récurrentes font partie de la vie et entraînent souvent des périodes de privation et d’abondance respectivement. Si ces périodes deviennent de plus en plus difficiles à prévoir, en raison des effets du changement climatique qui se font déjà sentir, des efforts doivent être faits pour harmoniser avec celles-ci le calendrier de la collecte de données afin d’éviter d’introduire une source de biais potentiel. Par exemple, si l’enquête de référence est menée à la fin de la saison sèche, lorsque les communautés agricoles dépendent du surplus restant, elle peut indiquer des niveaux de résilience faibles. Si l’enquête finale est menée vers la fin de la saison des pluies ou au début de la saison sèche, autour de l’époque de la récolte, les répondants peuvent rapporter des niveaux de sécurité alimentaire plus élevés.

En pratique, il peut ne pas toujours être possible de collecter des données au même moment de l’année. Par conséquent, lors de la présentation des résultats, les différences doivent être soulignées, de même que les facteurs pouvant avoir une influence ou entraîner une confusion.

Le défi de la complexité

Comme évoqué au début du présent rapport, les personnes et les communautés ne sont pas résilientes ou non-résilientes : elles peuvent être confrontées à un éventail de chocs et de tensions et se montrer plus ou moins résilientes à chacun d’eux. Dans quelle mesure, par conséquent, est-il opportun de réaliser un simple comptage du nombre de personnes qui ont vu leur résilience s’améliorer comme indicateur lors de l’évaluation de la résilience?5 Les projets utilisent des approches différentes pour mesurer la résilience, et l’expérience de l’évaluation au niveau du programme suggère que le nombre de personnes ne peut être le seul indicateur utilisé.6

L’évaluation est encore compliquée par le fait qu’il n’y avait pas de méthodologie « clé en main » au lancement du programme, de sorte que les projets individuels ont développé et utilisé différents indicateurs et méthodes pour mesurer les résultats en matière de renforcement de la résilience des activités particulières. Cela a entraîné l’utilisation d’indices composites multidimensionnels ou « feuilles de pointage », avec des indicateurs constitutifs qui reflètent le renforcement de capacités spécifiques au projet. Des exemples sont donnés dans le document Laying the foundations for measuring resilience.7

Si des indicateurs simples ne suffisent pas, dans quelle mesure le suivi et l’évaluation de la résilience doivent-ils être complexes ? La complexité entraîne des problèmes de ressources, du côté de l’évaluateur comme, de façon tout aussi cruciale, du côté du partenaire du projet.8 Plus le système d’évaluation est complexe, plus il exige du temps et du financement. Les différentes façons de mesurer et d’évaluer le renforcement de la résilience comprennent chacune leurs propres arbitrages en termes de flexibilité et de ressources nécessaires.9

Étant données les dépenses engagées, il est avant tout important que le suivi et l’évaluation soient utiles et aillent au-delà d’exercices axés sur la reddition de comptes pour adopter des approches basées sur les apprentissages. Idéalement, cette utilité ne se limite pas aux professionnels, et soutient l’engagement des communautés locales tout en utilisant des approches d’évaluation participatives.

Au niveau local, le renforcement de la résilience n’est pas vu comme un investissement ponctuel, mais plutôt comme un processus continu. Les personnes ont des connaissances précieuses de ce qui fonctionne ou non pour les aider à renforcer leur résilience. Ces deux facteurs peuvent échapper aux évaluations conventionnelles de coûts/avantages. Le DCF recherche donc des méthodes alternatives qui prennent également en compte la valeur des ressources naturelles, et la façon d’augmenter celle-ci grâce à une meilleure gestion.

Le gestionnaire de connaissances BRACED teste également une approche participative de l’évaluation des coûts et des avantages, en collaboration avec le projet Alliance pour le Myanmar.

Analyse participative des coûts/avantages : l’expérience au Myanmar

Au Myanmar, une approche participative de l’évaluation des coûts et bénéfices associés aux activités de renforcement de la résilience a été testée dans le cadre d’une évaluation d’impact à Mawlamyine, la quatrième plus grande ville du Myanmar, à 300 km au sud-est de Rangoun. Le principal choc climatique est l’inondation, et au fil du temps, la vulnérabilité aux chocs a augmenté à mesure que des travailleurs plus pauvres se sont installés dans la localité. Ne pouvant se permettre de s’installer dans des zones établies, ils occupent des huttes en bambou situées dans des zones inondables. Mawlamyine a été l’une des localités touchées par le cyclone Nargis en 2008. Des incendies de saison sèche dans les maisons en bois se sont occasionnellement répandus. Le projet Alliance BRACED pour le Myanmar utilise la planification de l’action communautaire pour identifier les interventions de résilience et coordonner avec le gouvernement local. Les interventions ont inclus le dragage des canaux de drainage et d’autres activités de prévention des inondations, le soutien à un service d’incendie local en creusant des bassins et en fournissant des pompes, ainsi que des services de microfinance pour appuyer des activités génératrices de revenus.

L’approche de l’analyse coûts/avantages utilise un mélange de techniques de modélisation participatives et économiques. Les méthodes participatives (discussions en groupes et avec des informateurs clés) sont utilisées pour comprendre les changements qui se sont produits et pour générer des preuves susceptibles d’être comparées à d’autres sources. Celles-ci sont combinées avec une modélisation économique formelle qui s’appuie sur des études venant d’autres pays de la région, par exemple sur la valeur d’une vie statistique (la valeur économique utilisée pour quantifier le bénéfice d’éviter un décès), les risques de catastrophe et les coûts pour la santé publique de la dengue. En utilisant les coûts et avantages identifiés au cours des deux dernières années, des estimations sont ensuite réalisées sur les coûts et avantages probables pour les huit prochaines années. La valeur est alors exprimée aux prix du début du projet, avec une actualisation standard de 12 % qui est utilisée pour comparer des coûts et avantages qui se produisent à différentes périodes, c’est-à-dire au début du projet et 8 ans plus tard.

Il a été conclu que les avantages sont considérablement supérieurs aux coûts. La valeur actualisée nette des interventions est de 206,000£, avec des avantages 4.3 fois supérieurs aux coûts d’après les hypothèses les plus prudentes. Le drainage de canaux évacuateurs (entrepris avec une main-d’œuvre communautaire, des machines du gouvernement et le financement du projet pour le carburant) a généré le plus grand bénéfice unique. Le deuxième type d’avantage principal a découlé des retours des services de microfinance (petits prêts) fournis par le projet.

Apprentissage collectif

Lors de la conception d’activités destinées à encourager l’apprentissage, plusieurs approches sont nécessaires afin de répondre aux différents styles et priorités d’apprentissage et, en ce sens, trouver le moment opportun pour ces activités se révèle crucial. La capacité d’accueillir des enseignements fortuits — et notamment les structures budgétaires et d’incitation à la flexibilité — peut permettre aux équipes de projet de découvrir des connexions, des connaissances et des informations à la fois inédites et inestimables.

Dans le cadre d’un programme tel que BRACED, l’appui à l’apprentissage collectif est plein de complexité. Si apprendre les uns des autres « sur le tas » est une opportunité exceptionnelle, il est également évident que ce que signifient l’apprentissage collectif et la collaboration peut fortement varier d’un projet BRACED à un autre. Identifier et offrir les bonnes incitations à l’apprentissage collectif est essentiel, de même que proposer une gamme d’approches appropriées.

Une gamme d’approches pour appuyer différents styles et priorités d’apprentissage

Le gestionnaire des connaissances BRACED a testé un éventail varié d’approches pour encourager le partage d’expertise et d’expériences au sein du programme et au-delà, y compris des approches numériques et en personne, ainsi que des approches traditionnelles et sortant des sentiers battus. Celles-ci ont connu des degrés de succès variables. Une équipe d’apprentissage et d’assimilation dédiée au sein du gestionnaire des connaissances a joué un rôle moteur pour offrir ces approches, réfléchir sur les expériences et les adapter plus étroitement afin de répondre aux besoins.

Activités d’apprentissage en personne

Les évènements en personne ont inclus les évènements annuels d’apprentissage ; des ateliers d’écriture ; des « déjeuners-discussions » informels ; et des évènements parallèles, souvent informels par nature, qui ont été organisés lors de forums où une masse critique de partenaires BRACED étaient déjà présents (par exemple, un petit-déjeuner de travail entre des partenaires et des représentants du gestionnaire des connaissances lors de la 10e Conférence annuelle sur l’adaptation communautaire a été organisé pour partager des histoires et des mises à jour sur les derniers plans, activités et avancées). Les méthodologies expérimentales éprouvées de nos approches plus innovantes du partage d’informations (marchés d’apprentissage, jeux sérieux, théâtre forum, séances de réflexion axées sur les solutions également dénommées « consultations docteur-patient ») ont été documentées dans les fiches d’apprentissage du gestionnaire des connaissances Knowledge Manager Learning Factsheets afin que d’autres acteurs au sein et au-delà du programme puissent les adopter et les adapter à leurs besoins.

Un des formats des rencontres en personne a été les « ateliers d’écriture », une façon de créer conjointement une publication en utilisant une méthodologie définie. Un atelier d’écriture offre un espace pour que des experts techniques se réunissent pour quelques journées intenses afin de présenter des ébauches de leurs travaux, de recevoir des retours de leurs pairs, d’itérer davantage et de produire au final des textes polis et publiables, fruits des efforts de tous.

Le premier atelier d’écriture BRACED a mis l’accent sur le thème du genre ; un second atelier (mené en français) s’est concentré sur la technologie et l’innovation. Dans les deux cas, tous les participants ont jugé l’atelier d’écriture utile à leur travail, en ligne avec les retours massifs reçus par le gestionnaire des connaissances sur l’importance d’organiser des réunions en personne pour accélérer le partage des connaissances et l’apprentissage. Après avoir expérimenté la méthodologie de l’atelier d’écriture pendant l’année 1, les deux ateliers à venir sur l’année 3 sont entièrement basés sur la demande. Un de ceux-ci fera suite à l’un des ateliers antérieurs, et réunira quelques-uns des mêmes participants des projets BRACED pour approfondir leur réflexion et documenter davantage de leçons tirées.

Activités d’apprentissage numériques

Les moyens numériques de connexion ont inclus des webinaires organisés par le gestionnaire des connaissances et des forums de discussion en ligne, ainsi que des bulletins d’information internes et externes. Jusqu’à présent, plus de 25 webinaires et 15 forums de discussion ont eu lieu en anglais et en français sur des sujets allant de « Comment présenter les histoires BRACED aux médias » à « Libérer le potentiel des systèmes d’élevage en Afrique en faveur d’un développement économique résilient face au climat » et « Théâtre communautaire – comment est-ce que cela fonctionne ? ». Il est intéressant de noter que si des webinaires sur la résilience existaient avant le programme BRACED, ils étaient utilisés d’une façon quelque peu limitée pour mettre en relation producteurs et utilisateurs des connaissances et encourager des connexions dans le cadre de programmes à grande échelle travaillant sur le changement climatique et la résilience. Au sein de BRACED, le gestionnaire des connaissances n’a au départ proposé que des forums de discussion, car cela permettait aux utilisateurs ayant une faible bande passante de se connecter et de contribuer aux conversations en ligne. Si les forums de discussion et les webinaires ont tous deux leur place, les webinaires sont aujourd’hui beaucoup plus communs au sein du programme.

“Cela a été ma première expérience de partage de réflexions sur ce type de plateforme d’apprentissage et cela m’a semblé très intéressant. […] Les retours et les questions venant des participants étaient très utiles.”

Mulugeta Worku, présentateur de webinaire travaillant pour Christian Aid (partenaire d’implémentation de BRACED)

Quelques enseignements sur l’apprentissage

1. La gouvernance organisationnelle et les dynamiques de pouvoir, la langue, la technologie et les barrières culturelles sont tous des éléments qui peuvent remettre en cause l’apprentissage collectif.

Beaucoup de temps a été consacré au départ à apprendre à connaître les dynamiques de pouvoir et structures de gouvernance particulières au sein du programme, à faire face à des obstacles très pratiques de langue, de technologie et de culture, et à tester des solutions pour y remédier. Si le but partagé par tous est d’en savoir plus sur ce qui est nécessaire pour renforcer la résilience, il est important d’examiner des hypothèses sur des états d’esprit collaboratifs, la compréhension commune des styles et préférences d’apprentissage, et la propension à partager des expériences, y compris les apprentissages tirés de l’échec. Par conséquent, des travaux d’exploration axés sur « l’apprentissage dans le cadre de consortiums » ont été introduits, avec l’objectif de déconstruire certaines de ces hypothèses et d’analyser quelles approches fonctionnent le mieux pour encourager l’apprentissage collectif dans des programmes de résilience à grande échelle.

2. Il est important de conserver la flexibilité du programme d’activités d’apprentissage, en recherchant activement des retours pour documenter des ajustements.

Apprentissage itératif : ajuster les activités en fonction des retours

L’apprentissage et la réflexion actifs ont marqué la trajectoire des rassemblements annuels d’apprentissage et de réflexion de l’ensemble des partenaires. Chacun des trois évènements annuels d’apprentissage BRACED organisés jusqu’à présent a été modifié en fonction des retours des participants et de la réflexion interne du gestionnaire des connaissances sur le contenu du programme, le public cible et le processus de planification connexe. Par exemple, le premier évènement annuel d’apprentissage a été conçu par le gestionnaire des connaissances pour tous les partenaires BRACED directs (partenaires d’implémentation, gestionnaire des connaissances, gestionnaire de fonds et représentants du DFID). L’objectif était de faire connaissance et de planifier conjointement. Le deuxième évènement a incorporé les retours reçus l’année précédente, et s’il restait planifié principalement par le gestionnaire des connaissances, il était désormais ouvert aux partenaires externes pendant une journée. Pour le troisième évènement, l’ensemble du programme de trois jours a été ouvert aux partenaires BRACED et externes, en se fondant sur les préférences exprimées qui demandaient d’élargir la conversation et de mettre l’accent sur l’approfondissement des connexions avec des professionnels travaillant au-delà du programme BRACED. À la lumière des retours provenant de l’évènement annuel d’apprentissage précédent, le gestionnaire des connaissances a élargi le processus de planification pour inclure un groupe de pilotage comprenant des représentants des équipes de recherche, de suivi et évaluation, d’apprentissage et de communication du gestionnaire des connaissances ; des partenaires régionaux ; du partenaire BRACED accueillant l’évènement et du gestionnaire du fonds. Cela a favorisé l’appropriation et a garanti que le programme réponde aux besoins et aborde les perspectives des différents groupes participant à l’évènement. Ce programme a donc laissé place à une gamme diverse de séances transversales organisées par différents partenaires.

3. Le soutien à l’apprentissage fortuit est essentiel

Investir tôt pour identifier les incitations et surmonter les obstacles en vue de l’engagement dans des processus d’apprentissage collectifs peut contribuer à planifier en vue d’une participation maximale. Dans le même temps, un budget doit être réservé pour accueillir des opportunités d’apprentissage et de collaboration nouvelles ou imprévues, qui risquent sinon de se retrouver au second plan par rapport aux tâches traditionnelles axées sur les résultats. La capacité à reconnaître et participer à des évènements ou collaborations non planifiés, et à exploiter des sources d’information découvertes par accident ou même moins structurées peut avoir pour résultat un apprentissage très bénéfique. Accueillir des enseignements fortuits peut entraîner de nouvelles connexions, des perspectives différentes et une inspiration retrouvée.

À cette fin, au cours de la troisième année de BRACED, une petite « bourse de collaboration » a été créée pour que les partenaires accèdent à un montant de jusqu’à 2,000£ destiné à soutenir des opportunités naissantes et non planifiées entre des partenaires pour échanger des connaissances, encourager l’apprentissage en synergie et/ou créer des produits conjoints. La bourse s’efforce de permettre à des équipes de projet de découvrir de nouvelles connexions, des connaissances et un savoir-faire précieux qui n’étaient pas prévus dans les plans de travail et les cadres logiques.