Échange sur la Resilience

Qu’avons-nous appris jusqu’ici?

Pourquoi le renforcement de la résilience s’avère-t-il crucial et que fait le programme BRACED à cet égard

Le Département du développement international (DFID, d’après son sigle anglais) du gouvernement du Royaume-Uni a élaboré le programme pour le renforcement de la résilience et l’adaptation aux manifestations extrêmes et aux catastrophes climatiques (BRACED, d’après son sigle anglais) afin de soutenir les régions du Sahel, d’Afrique de l’Est ainsi que d’Asie du Sud et du Sud-Est. BRACED à pour but d’aider 5 millions de personnes rendues vulnérables par leurs situations, afin qu’elles deviennent plus résilientes aux manifestations climatiques extrêmes. La mise en œuvre de projets a commencé en 2015.

Pourquoi le renforcement de la résilience s’avère-t-il essentiel dans les pays BRACED?

Les pays intégrés au programme BRACED ont été touchés de façon disproportionnée par des catastrophes climatiques tels que les sécheresses, les inondations, les glissements de terrain ou encore les tempêtes. Ces désastres ralentissent le développement et exacerbent la pauvreté et la famine. La gestion des risques se complexifie dans la mesure où le climat devient de plus en plus erratique et ses répercussions sur les populations s’accentuent. Dans certains pays, le conflit à un effet multiplicateur sur les défis.

Comment BRACED perçoit-il la résilience?

BRACED entend la résilience comme un ensemble de capacités étroitement corrélées et indispensables pour survivre et relever ces défis, à savoir la capacité à s’adapter, anticiper et absorber les extrêmes et les catastrophes climatiques. Ces améliorations peuvent mener à des changements profonds parmi les systèmes et les relations et garantir une résilience sur le long terme.

Les 3A — une manière de comprendre et de suivre le renforcement de la résilience face à des menaces diverses intervenant dans des contextes pluriels10

  1. L’anticipation représente la capacité des systèmes sociaux à anticiper et atténuer l’impact des variabilités et des extrêmes climatiques par le biais de la préparation et de la planification.
  2. L’absorption renvoie à la capacité des systèmes sociaux — à la faveur des savoirs et des ressources disponibles — à faire face et à gérer les conditions, les urgences et les catastrophes préjudiciables.
  3. adaptation constitue la capacité des systèmes sociaux à s’adapter aux risques futurs, multiples et sur le long terme liés aux changements climatiques, mais aussi à tirer des leçons et à s’accommoder après une catastrophe.

Il convient toutefois de souligner que dans ces différents contextes, les individus, les communautés ou les systèmes ne sont pas « résilients » ou « non résilients » ; ils peuvent s’avérer plus résilients à certains risques et moins à d’autres au même moment. Il est fondamental que la résilience soit dynamique afin que les populations deviennent plus résilientes à un risque ou un ensemble de risques particuliers par l’amélioration de l’accès aux systèmes et aux services d’aide et par les adaptations de leurs moyens de subsistance. En revanche, des changements intervenant au niveau des facteurs extérieurs — et notamment l’exposition répétée à des catastrophes ou la perte de ressources (ou de l’accès à celles-ci) — peuvent affaiblir la résilience des populations à ces risques.11

Vidéo BRACED : qu’est-ce que c’est la résilience?

Développement et résilience

Le développement et la résilience se trouvent étroitement liés. La résilience s’inscrit dans quatre principaux cadres internationaux reconnus en 2015 et 2016 : le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, les Objectifs de développement durable des Nations Unies, l’Accord de Paris sur le changement climatique et le cadre du Sommet humanitaire mondial.

Development and resilience are closely linked. Climate shocks and stresses can threaten existing gains in development and poverty reduction and increase the risk of humanitarian emergencies. Resilient development in these contexts includes taking account of climate shocks and stresses, and allowing adjustments and improvements to projects and new activities, which in turn can help preserve development gains from climate risk.Les chocs et tensions climatiques menacent les progrès existants en matière de développement ou de réduction de la pauvreté et il accroît le risque d’urgence humanitaire. Dans de tels contextes, le développement résilient prend en compte les chocs et tensions climatiques et permet les ajustements et améliorations aux projets et aux nouvelles activités, qui à leur tour aident à préserver les acquis du développement face au risque climatique.12 Pour accomplir des progrès et gérer plus efficacement le risque de catastrophes, il faut permettre aux populations de consolider leurs capacités à anticiper, absorber et s’adapter aux chocs et tensions climatiques actuels et futurs. Les projets doivent d’une part satisfaire les besoins humanitaires immédiats en donnant aux populations les outils pour gérer les crises et d’autre part prévenir les risques futurs, et notamment ceux concernant le changement climatique, en réalisant des investissements sur le long terme destinés à réduire la vulnérabilité.13

Risque de catastrophe et pauvreté14

À l’échelle nationale ou régionale, les facteurs déterminants d’un risque de catastrophe sont semblables à ceux de la pauvreté… La qualité des systèmes de gouvernance peut, dans une certaine mesure, expliquer pourquoi depuis 1990 près de 90 pour cent de la mortalité enregistrée dans le monde et imputée aux catastrophes touche les pays à revenu faible ou intermédiaire. Confrontés au même nombre de personnes exposées à des risques d’une même gravité, les pays à faible revenu dont les systèmes de gouvernance s’avèrent plus faibles connaîtront des taux de mortalité considérablement plus élevés. Pour un même niveau d’exposition, prenons l’exemple d’un cyclone de catégorie 3, environ 50 pour cent de l’écart relatif au risque de mortalité s’explique par la vulnérabilité.

À l’échelle de la communauté, du foyer ou de l’individu, la relation entre le risque de catastrophe et la pauvreté s’avère plus complexe… Les populations les plus pauvres vivent souvent dans des zones périurbaines à la merci des inondations et des glissements de terrain ou dans des zones rurales sujettes aux sécheresses. Autrement dit, elles sont les plus fréquemment exposées aux manifestations climatiques extrêmes. Elles y sont également plus vulnérables en raison du manque d’accès aux services d’information et d’aide nécessaires pour se préparer et réagir aux catastrophes ou parce qu’elles ne peuvent ni protéger leurs ressources ni souscrire à une assurance pour atténuer les risques. Par ailleurs, l’incidence des catastrophes sur les populations pauvres vient encore compliquer la relation entre pauvreté et catastrophes. Le décès d’un membre d’une famille entraîne des répercussions majeures sur le reste du foyer qui se traduisent notamment par un manque à gagner. En outre, les catastrophes frappent également les revenus, les ressources ainsi que les économies des survivants et peuvent entraîner un recul prolongé en matière de santé, d’éducation et d’offre d’emploi dû, entre autres, à la malnutrition et au décrochage scolaire.

Les faits tirés de plusieurs études à différentes échelles montrent que les catastrophes peuvent être source d’appauvrissement et contribuer à tendre des « pièges de pauvreté » puisque les populations sont contraintes de vendre ou consommer leurs maigres ressources, aggravant leur dénuement et sapant leur capital humain… À leur tour, ils minent la capacité des populations à anticiper et à absorber les répercussions des évènements climatiques extrêmes ou à s’adapter pour faire face aux prochains chocs, créant ainsi un cercle de vulnérabilité.

La résilience est généralement perçue comme un moyen pour atteindre d’autres objectifs tels que la prospérité et la sécurité plutôt que comme un but en soi. Elle s’inscrit dans quatre principaux cadres internationaux reconnus en 2015 et 2016 : le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, les Objectifs de développement durable des Nations Unies, l’Accord de Paris sur le changement climatique et le cadre du Sommet humanitaire mondial.15 En matière de développement, elle est perçue comme un élément décisif pour accomplir des progrès tangibles concernant les objectifs de développement durable où figurent — pour un certain nombre de ceux visant la réduction de la pauvreté — le renforcement des infrastructures et des établissements humains, la production agricole et la vulnérabilité aux extrêmes et aux catastrophes climatiques.

Le programme BRACED

Afin de venir en aide aux populations les plus vulnérables et marginalisées, il est essentiel de travailler en partenariat avec les communautés et les professionnels de la résilience afin de remédier aux risques et vulnérabilités identifiés. Toutefois, il existe des limites à ce qui peut être accompli en ne travaillant qu’à l’échelle locale. Le renforcement de la résilience au sein de BRACED repose également sur les efforts d’autres personnes, souvent à l’échelle nationale et internationale. De nombreux projets BRACED ont eu recours à des partenariats stratégiques pour unir les efforts d’organisations travaillant à des niveaux différents.

Le programme BRACED identifie deux voies menant au renforcement de la résilience. À court terme, BRACED cherche à venir and aide à 5 millions de personnes rendues vulnérables par leurs situations afin qu’elles deviennent plus résilientes aux manifestations climatiques extrêmes grâce à l’incidence directe de projets financés par BRACED pour la résilience d’hommes, de femmes et d’enfants issus de communautés ciblées.
Sur le long terme, le programme veut s’étendre à des millions de personnes supplémentaires jusqu’à exercer un impact durable sur la résilience des populations démunies au sein des communautés vulnérables de l’ensemble des régions. Il y parviendra en retenant, à partir des projets financés, les leçons des approches qui fonctionnent et dans quel contexte, mais aussi en agissant sur les politiques et la planification des gouvernements nationaux et des institutions régionales, en prenant des initiatives internationales et en incitant à optimiser les politiques et les institutions ainsi qu’à une meilleure intégration des programmes de gestion des risques de catastrophe, d’adaptation climatique et de développement.
Le programme BRACED est conçu pour fonctionner avec des consortiums composés d’ONG, de la société civile locale, d’organisations internationales, d’institutions académiques, d’entreprises privées et d’agences nationales.

Les investissements gouvernementaux dans la réduction des risques de catastrophe se fondent généralement sur les évaluations économiques, soit la valeur des actifs protégés par une certaine intervention. Or, de telles analyses induisent souvent des investissements qui bénéficient injustement aux mieux nantis et aux plus grandes entreprises, car elles ne tiennent pas compte des répercussions négatives des chocs et tensions climatiques sur le bien-être. Ainsi, une personne pauvre se verra plus gravement affligée par la perte de sa maison qu’un propriétaire d’un bien, certes d’une plus grande valeur, mais protégé par une assurance et ses économies.16

Par ailleurs, l’objectif de BRACED consiste à s’assurer que les investissements soutiennent les communautés marginalisées et les populations rendues vulnérables par leur situation. Cela signifie qu’il lui faut travailler à l’échelle locale, en collaboration avec la communauté, et répondre aux risques et aux vulnérabilités identifiés qui lui sont propres. Une organisation extérieure cherchant à intervenir au sein d’une communauté doit faire preuve de patience et d’attention pour construire une relation et comprendre le contexte en profondeur.

Au Soudan du Sud, le projet IRISS de BRACED a permis d’évaluer le temps nécessaire à l’établissement de telles relations avec les dirigeants des communautés locales, mais également de réaliser leur importance en tant que facteur de confiance dans le projet. Commencer à ce niveau, plutôt qu’à l’échelle nationale, assure une meilleure compréhension du contexte local.

Toutefois, il existe des limites à ce qui peut être accompli en ne travaillant qu’à l’échelle locale. Un certain nombre de forces et de facteurs externes et puissants affectent les vies et les moyens de subsistance des communautés. Une définition restreinte des activités de développement communautaire ou sectoriel ne prenant pas en compte une perspective exhaustive à long terme ni la multitude de secteurs existants s’expose à perdre ces facteurs de vue et à ne pas identifier systématiquement les risques.

Les investissements portant sur la résilience locale gagneront en efficacité s’ils prennent en compte des systèmes plus vastes, dont la géographie, les marchés, les politiques, les systèmes financiers ainsi que les dynamiques sociales et les relations de pouvoir à l’échelle locale.17 Les professionnels peuvent intégrer ces différents systèmes par le biais de partenariats stratégiques. Au début, les projets BRACED se voyaient encouragés à travailler à plusieurs échelles afin de garantir le ralliement au projet et une probabilité plus élevée de changements durables au-delà de la vie même du projet, telle que l’illustre le schéma des différents niveaux du projet Décentraliser les fonds pour le climat, ci-dessous:

Des dizaines d’années de pratique du développement ont permis de savoir comment soutenir les communautés, en bâtissant à partir de stratégies et de capacités des moyens de subsistance existantes auxquelles ont recourt les foyers pour faire face à la variabilité climatique et autres évènements imprévus. Toutefois, les projets BRACED de résilience adoptent actuellement de nouvelles pratiques, depuis l’établissement de nouveaux partenariats jusqu’aux innovations concernant la manière de recourir aux interventions de développement éprouvées telles que les associations villageoises d’épargne et de crédit. Apprendre constitue une composante primordiale pour BRACED dont l’intention est de permettre aux projets d’adapter leurs activités et leurs interventions en fonction de ce qui fonctionne ou pas.

Cette édition de Échange sur la Resilience apporte plusieurs exemples tirés de différents contextes dans lesquels s’inscrivent les projets BRACED, une description des interventions, des récits concernant leur mise en œuvre sur le terrain et les premières conclusions. Elle tient également compte du « méta-apprentissage » relatif aux aspects programmatiques : ce qui a été appris concernant la manière d’évaluer les progrès et comment encourager l’apprentissage au sein d’une centaine d’organisations impliquées dans le programme. Il s’agit de proposer des perspectives pour tous les « professionnels de la résilience » afin qu’ils envisagent différemment leur propre travail et considèrent d’autres approches, ainsi que pour ceux qui planifient les futurs programmes afin qu’ils se penchent sur la meilleure façon de soutenir le travail décisif du renforcement de la résilience.